Alain HAGOPIAN

Je pratique les Arts Martiaux depuis maintenant plus de trente ans et bien que le niveau que j’ai pu atteindre ne me satisfait nullement, je continue, malgré cela, à m’entraîner avec la même ardeur que par le passé espérant toujours m’améliorer. Cette motivation reste intacte grâce à la présence des Professeurs que j’ai la chance de rencontrer lors de fréquents stages de perfectionnement.

Sur l’insistance de certains de mes élèves, j’ai pris la décision de mettre sur le papier mes souvenirs de l’histoire du Shotokai marseillais. Etant conscient de ne pas être le pionnier de notre style à Marseille, cependant je reste un des plus anciens en activité.

Je souhaite être pardonné par mes pairs pour les imperfections qui se glisseront inévitablement dans ce texte que ce soit sur le style ou dans la chronologie des faits. Il faut bien que quelqu’un prenne le clavier, modernisme oblige, pour retranscrire nos souvenirs.

Epoque 1

J’ai pris mon premier cours de Karaté en 1968 au Dojo de la section Arts Martiaux du SMUC dirigé par Monsieur MONDUCCI, excellent professeur de Judo. Maître GUYETAN pionnier du Shotokai au Maroc enseignait le Karaté et il avait favorisé la venue des Maîtres tels qu’HARADA et MURAKAMI issus de l’enseignement d’EGAMI Sensei, fondateur du Shotokai. A son retour en France il reprit l’enseignement du Shotokai, bien que la méthode très personnalisé GUYETAN Ryu attirait beaucoup de monde. Mon premier contact avec le Karaté était fantastique, tout m’enchantait : la tenue, le Dojo, l’étiquette à la japonaise et l’apprentissage du Karaté bien sûr. Etant de caractère bagarreur j’espérais apprendre très vite une méthode infaillible pour être plus fort. Très vite j’ai compris que malgré tout ce qui se disait sur cette discipline mystérieuse, quelques cours ne suffiraient pas à me rendre plus fort. Comme La dureté et la rigueur de l’entraînement me plaisaient, je décidai de continuer. Maître GUYETAN étant très souvent absent nous étions fréquemment livrés à nous mêmes et à cause de cela les élèves quittaient de plus en plus le Dojo. Un soir, Jean-Jacques TURCAT, un senpaï du Dojo, vint nous voir et il me proposa de participer à un stage dirigé par le fameux HARADA Sensei 5ème dan. J’acceptais avec joie cette opportunité qui devait me permettre enfin de voir le vrai Karaté.

Mon premier stage

Organisé par Henri MILANTA, professeur de Karaté, ce stage avait lieu dans un grand gymnase à la Faculté St. Charles. Mes souvenirs sur ce véritable premier contact avec le Shotokai sont encore très présents; environ 150 Karatékas dirigés par HARADA Sensei, une seule ceinture noire et quelques ceintures marron que l’on pouvait compter sur les doigts d’une main, moi-même étant le dernier de la longue ligne de stagiaires. Mon ami Gines MELENDEZ, médaillé de l’éducation physique et de sports de Monaco, 3ème dan de Maître HARADA et Chef Instruteur à Monaco, était la première ceinture noire Shotokai que je découvrais. Il avait commencé très jeune le Karaté au Maroc et était déjà un disciple d’HARADA Sensei. Pendant tout le stage il fut le partenaire de démonstration du Maître. Au cours des trois jours de stage nous avons exécuté seulement deux techniques gedan barai et oi zuki. Les entraînements étaient très physiques pour le jeune de 15 ans que j’étais, le cours débutait par une gymnastique très dynamique basée sur des sauts et des étirements à la fin de laquelle, après un retour au calme (Mokuso) réparateur, les fondamentaux (Kihon) étaient exécutés pendant environ 1h30; les explications et démonstrations du Sensei nous permettaient de nous relever des Zen Kutsu très bas pratiqués alors.

A la fin de ce stage je pris la décision de m’inscrire immédiatement au Dojo d’Henri MILANTA ou se trouvait déjà Jean Jacques TURCAT mon senpaï.

Anecdotes :

  • A quelques centaines de mètres de mon domicile se trouvait le Dojo. Très souvent je croisais Henri MILANTA sans pour cela le connaître personnellement, habitant lui aussi ce quartier du centre ville. Quelle fut ma surprise de le voir le premier jour du stage en tant qu’organisateur de ce grand rassemblement du Karaté!
  • 2- Après les stages il me fallait dormir pendant deux jours pour récupérer la fatigue occasionnée par les entraînements; il faut dire que je m’entraînais comme les adultes alors que j’avais tout juste 15 ans.

Epoque 2

Au nouveau Dojo les cours étaient très agréables. On sentait l’influence du Shotokai d’HARADA Sensei et un grand nombre de Karatékas venaient régulièrement plusieurs fois par semaine pour s’entraîner sous la direction d’Henri MILANTA. Nous étions tous très motivés. A cette époque nous avions encore le système de grades traditionnel japonais, blanche, marron et noire jusqu’au 5ème Dan.

Les entraînements se succédaient et les stages dirigés par Maître HARADA à Marseille étaient assez fréquents. C’était pour nous l’occasion de rencontrer les Karatékas Shotokai de France, d’Europe et d’Afrique du Nord. Pendant plusieurs années avec les Karatékas de cette époque: BESSADI, les frères ANFREY, les frères TUNY, ADAMOPOULOS,  Dédé CALEGARI, MENICHETTI et bien d’autres dont les noms m’échappent nous nous entraînions sans relâche.

Mes premiers grades…

Comme je l’ai déjà expliqué les couleurs de ceintures telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existaient pas. Beaucoup parmi les anciens attendaient une occasion pour passer la marron. Le premier examen eu lieu à l’ occasion d’un stage avec HARADA Sensei. Jean Jacques TURCAT qui avait une facilité d’évolution et qui ne laissait aucun doute sur son niveau que nous classions de 1er Kyu (marron)désirait le passer. HARADA Sensei ne proposant pas d’examen à l’occasion de ce stage,  Henri MILANTA lui posa la question au sujet du grade de Jean Jacques, sans hésitation celui-ci répondit 1er Kyu.

Il devenait ainsi le premier ceinture marron d’HARADA Sensei à  Marseille. A la suite de cette promotion certains anciens estimèrent qu’eux aussi avaient largement le niveau requis du 1er Kyu et par conséquent arborèrent une ceinture marron au cours qui suivit. MILANTA avait dû céder à mon avis pour l’intérêt général. N’étant pas concerné à cette époque je trouvais cela anormal étant persuadé que seul TURCAT était vraiment du niveau. Maintenant que les années ont passé je reste du même avis. Sur sa lancé Jean Jacques TURCAT passa brillamment son shodan au cours d’un stage faisant ainsi taire les plus réticents. Il restera le premier ceinture noire d’HARADA Sensei du Shotokai à Marseille.

Le Crash

Sans en connaître les principales raisons, après avoir connu l’âge d’or, le Shotokai marseillais sombra, HARADA Sensei ne nous rendant plus visite le Dojo se vida et les motivations n’étaient plus là. Jean Jacques TURCAT poursuivait les entraînements à Port Saint Louis du Rhône et moi, de mon côté je continuais à m’entraîner en allant quelques fois suivre son enseignement dans son Dojo. A  Marseille l’horizon du Shotokai s’assombrissait.

Epoque 3

Le seul espoir pour ceux qui voulaient continuer à travailler avec Maître HARADA était de se rendre au Dojo de Max LASTERE. Il était l’un des anciens du Karaté marseillais, de formation Shotokan (on disait que son Shotokai avait des tendances Shotokan). En fait il n’en était rien. Ces ragots paraissaient être le résultat de lutte de pouvoir entre quelques anciens du Karaté. Je décidai, une fois de plus, de choisir un autre Dojo. Ceci me permit de  continuer à pratiquer avec HARADA Sensei à Marseille, Lyon, Macon et Chalon. Adolphe SCHNEIDER 2ème Dan, un de ses assistants, venait nous enseigner quelques fois à l’occasion de stages au Château de Bois Luzy, notre nouveau lieu d’entraînements. Max LASTERE pratiquait très sérieusement et malgré  ses antécédents avait un travail souple. Comme j’étais déjà ceinture noire du Shotokai et en plus d’un autre Dojo, nos rapports furent délicats au début, mais toujours respectueux et honnêtes. Très vite je pris une part active à la vie de mon nouveau Dojo, en compagnie des anciens comme DAMATO, MEDOZIAN et BAREK. Nous nous entraînions très dur. Je suis persuadé que certains maux qui me font souffrir aujourd’hui viennent sûrement de certains traumatismes consécutifs à ces séances terribles ou nous parcourions sur le goudron du terrain de Hand Ball des O Sage Tobi dépassant souvent le Kilomètre.

Mes premiers Dan

Certaines rumeurs de rupture d’HARADA Sensei avec les Sampai français du Shotokai provoquaient une grande confusion pour nous, jeunes élèves. Lors d’un stage d’été à Avignon dirigés par ses assistants il y eut le premier examen sans la présence du Maître. SCHNEIDER qui voulait faire une scission avec HARADA Sensei organisa avec les autres assistants, MAIRESSE et JAVON, un examen de grades. Sur les conseils de ces anciens je passai mon premier Dan  à 18 ans ce qui était relativement jeune pour ce grade à ce moment là. SCHNEIDER ayant pris l’initiative  de décerner des ceintures noires sans l’autorisation d’HARADA Sensei avait prévu d’envoyer la liste des reçus à EGAMI Sensei au Japon pour valider cet examen. Cela ne fonctionna pas comme il l’avait souhaité et nos grades restèrent officieux longtemps.

Cette histoire de grades parvint jusqu’aux oreilles d’HARADA Sensei et je me trouvai dans une situation délicate en me présentant aux stages avec une ceinture noire que le Sensei ne m’avait pas décerné personnellement.

Ginés MELENDEZ intervint à l’occasion d’un entraînement à Monaco auprès du Sensei pour cette histoire de grades. L’affaire fut classée. Il subsista toujours une certaine réticence d’HARADA Sensei à mon égard. Ayant toujours été sincère dans ma pratique j’ai eu beaucoup de mal à comprendre cette attitude. Avec le temps je compris qu’il y avait certainement un très grand problème de communication avec le Maître, d’ailleurs un grand nombre de ses plus proches élèves eurent eux aussi du mal dans les relations avec lui.

Ce n’est que onze ans après Avignon que mon Shodan fut officialisé à la FFKAMA à l’occasion du premier examen national Shotokai. C’était en 1982.

Mon premier Dojo

Pensant certainement au développement du Shotokai à Marseille Max LASTERE me proposa  d’enseigner au Dojo de la MJC des Chartreux. Le directeur de l’époque Mr. PLATINERO était à la recherche d’un professeur de Karaté pour la création d’une section qui devait compléter les Arts Martiaux (Judo et Aikido) déjà présents.

Je fis mes premiers pas en tant qu’enseignant. Ce fut l’époque des stages dirigés par  JAVON ou nous dormions au Dojo et ainsi nous pouvions même faire des entraînements de nuit jusqu’au dépassement de nos propres limites. Quelques noms me reviennent de cette époque  SEBAONI, BOURREIL, SUDRE, STASI, MENICHETTI et bien d’autres visages sans noms.

Anecdote:
C’était au moment des films d’arts Martiaux dont la vedette était Bruce LEE. Le maniement du Nunchaku intéressait tout le monde, moi y compris. Pendant un entraînement en compagnie de Jacques MENICHETTI nous démontrions l’exercice au Nunchaku avec une arme artisanale, celle-ci se décrocha et alla frapper le visage de Jacques à l’arcade sourcilière. Plus de peur que de mal, mais cela nous apprit à devenir très prudents avec les armes que nous ne maîtrisions pas totalement. J’ai appris que maintenant Jacques est atteint d’une lésion à l’oeil qui viendrait selon le médecin d’un traumatisme ancien qui pourrait être ce choc.

Les premiers échos sur Maître MURAKAMI

Malgré mes obligations au Dojo des Chartreux, je continuai à pratiquer au Château de Bois Luzy avec Max LASTERE. Un soir pendant l’entraînement une personne vint assister au cours, c’était Pierre Jean BOYER, un élève de Maître MURAKAMI, qui ayant quitté Paris pour l’école d’ingénieurs à Marseille était à la recherche d’un Dojo de Shotokai.

Je découvris  ainsi l’existence de Maître MURAKAMI. Pierre Jean intégra le Dojo de LASTERE et  il fit rapidement partie des anciens du Dojo. Les stages continuèrent à Marseille et dans toutes les villes ou HARADA Sensei venait diriger un stage.

1er séjour à Londres chez HARADA Sensei

Chaque année HARADA Sensei dirigeait un stage d’été à l’Université de Kille, dans le nord de l’Angleterre. La réputation de ses élèves anglais m’incitait à y aller. Le courage de partir seul et ma connaissance de l’Anglais plus que limitée remettaient toujours ce départ à plus tard. Je réussis tout de même à partir à Londres avec Jacques SUDRE, un élève des Chartreux. Après un Homérique voyage en train , nous découvrions Londres et le Dojo du Sensei.

Ce Dojo assez vétuste abritait CHIBA Sensei 6ème Dan d’Aikido et HARADA Sensei 5ème Dan Shotokai. Nous retrouvions sur place le Français Bernard MATHIEU, professeur d’anglais en France, et également ami intime du Sensei. Bernard faisait de fréquents séjours linguistiques outre Manche et il profitait chaque fois de cette occasion pour venir pratiquer sous la direction d’HARADA Sensei.

Nous avions un logement à Londres et plusieurs fois par semaine nous pratiquions le Karaté.

En arrivant à l’Université de Kille une mauvaise surprise nous attendait. Le règlement du stage n’étant pas arrivé à la suite d’une erreur bancaire nous ne pouvions pas pratiquer. Les Anglais ne faisant aucun effort pour comprendre il ne nous restait qu’a retourner à Londres. La visite d’OSHIMA Sensei de passage à Londres fut le moment inoubliable de ce séjour. Nous faisions partie des rares privilégiés qui avaient pu recevoir l’enseignement d’HARADA et d’OSHIMA Sensei pendant le même cours et d’avoir pu les regarder pratiquer ensemble.

Malgré la déception du stage, le séjour avait été très enrichissant et les fruits de notre pratique allaient rejaillir dès notre retour en France.

Le retour

Avec Pierre Jean BOYER et un autre camarade qui avait aussi séjourné un peu plus tôt à Londres nous avions formé une petite équipe qui pratiquait assez fort et le plus près de l’enseignement d’HARADA Sensei. Les désaccords sur la pratique commencèrent avec Max LASTERE ce qui nous amena à continuer une pratique personnelle au Dojo des Chartreux.

Anecdote :

Avec Lucien STASI nous avions entrepris de nous entraîner chaque matin très tôt avant d’aller travailler.

Sur cette décision commune, tous les matins Lucien venait me chercher à mon domicile et ensemble nous regagnions le Dojo des Chartreux ou pendant plus d’une heure nous enchaînions Kihon, Kata et Kumité. Ensuite le Keiko terminé nous commencions notre journée professionnelle. Le soir les entraînements habituels avaient tout de même lieu. Pendant une longue période nous avons tous les jours pratiqué matin et soir.

Quelques fois le matin étant toujours en manque de sommeil, je continuais à dormir dans la voiture jusqu’à l’arrivée au dojo.

Un nouveau Dojo

La Mutuelle Sport de BERRE dont l’un des responsables était un ami de Jacques MENICHETTI cherchait un professeur de Karaté. Me consacrant complètement à la pratique je me proposai pour ce poste, trouvant l’esprit des dirigeants à mon goût et eux-mêmes trouvant le style de Shotokai convenant parfaitement à leurs idées, aussi une section de Karaté Shotokai voyait le jour à BERRE.

Ces dirigeants très dynamiques s’investirent entièrement dans ce projet.

Les débuts furent très encourageants, plus de cinquante élèves à chaque cours. Pour assurer les cours nous étions souvent plusieurs dont Pierre Jean BOYER, Jean Louis BOURREIL, un autre camarade et moi-même.

Le Shotokai étant un Karaté très exigeant et de plus l’effet de mode du Karaté et de BRUCE LEE était sur la fin. La quantité  des élèves diminua de plus en plus ce qui entraîna la fermeture de la section au bout de quelques saisons seulement.

Malgré une durée de vie assez courte la section de Karaté de BERRE nous amena que des satisfactions et chaque cours était un enchantement. J’ai un profond souvenir des dirigeants et particulièrement du Docteur AGUILERA qui était un véritable passionné de Karaté…

Anecdote :

Cette anecdote est également une période noire de ma vie car elle faillit me priver définitivement de la pratique du Karaté et peut-être de tout les sports.

Un soir, pendant que nous revenions d’un entraînement en moto en compagnie de Jean Louis BOURREIL, nous avons eu un accident, apparemment sans gravité mais ses séquelles entraînèrent l’opération de mon genoux droit qui me faisait souffrir et dont le diagnostic était sans appel « rupture du ligament croisé antérieur et d’un ménisque externe complètement déchiqueté ». L’accident avait eu lieu en 1974 et l’opération en 1975 après une longue période d’inactivité. Depuis, ce souvenir me revient souvent grâce aux douleurs occasionnées par certains entraînements trop poussés. Malgré cela je n’ai jamais cessé de pratiquer.

Dojo des Marronniers

Habitant dans le 10ème arrondissement de Marseille depuis 1975 il était nécessaire pour moi de trouver un Dojo à proximité. A cette époque je ne travaillais plus trop avec Max LASTERE et j’avais laissé le Dojo des Chartreux. Pas loin de mon domicile se trouvait un club de Judo «les Marronniers».

C’était un petit Dojo dirigé par un professeur de Judo qui voulut bien nous héberger pour nos cours de Karaté.

Nous nous sommes entraînés là pendant quelques temps. A cette période il ne se passait pas grand chose dans le Shotokai marseillais. Jean Jacques TURCAT avait son club à Port St. Louis du Rhône. Je lui rendais visite de temps en temps et il venait aussi nous rendre visite et nous conseillait. Il y avait très peu de stages avec HARADA Sensei.

Nous avions même fait une fois avec Jean Jacques TURCAT la démarche d’aller nous entraîner au Dojo de Michel ASSERAF élève de OSHIMA Sensei, lors de la venue de Daniel CHEMLA 5ème dan. Malgré l’indéniable qualité du Karaté d’OSHIMA Sensei et le chaleureux accueil de son élève Michel, nous n’étions pas attirés par cette forme de pratique.

Il se passa donc quelque temps sans grand bouleversement à Marseille.

Le 2ème séjour à Londres

Là encore, je n’ai pas le souvenir exact de la période mais je crois que c’était pendant que nous étions aux Marronniers. Avec Jean Jacques TURCAT nous sommes  partis pour Londres en voiture. Arrivés à Londres au Dojo de l’Avenue Airedale  nous avions eu la surprise de voir un autre Marseillais. Il était élève de Maître GUYETAN. C’était un Karatéka qui désirait certainement approfondir ses connaissances en venant pratiquer chez le Maître. Si, pour nous, l’accueil avait été cordial, il n’en fut pas de même pour lui et un soir au cours d’un entraînement HARADA Sensei lui donna un Fumi Komi qui le cloua au lit pendant un jour. A la suite de ça on ne la plus revu à l’entraînement. Le deuxième séjour chez HARADA Sensei était plus agréable pour moi que le premier mais force est de constater que le Sensei avait un comportement différent envers nous lorsqu’il était en France. Malgré cela,  nous garderons un très bon souvenir de ce séjour.

Epoque 4

Après avoir passé quelques années au Dojo des Marronniers les rapports de voisinage se sont détériorés avec le Professeur de Judo. N’étant alors plus à l’aise dans ce Dojo je décidai de partir à la recherche d’une nouvelle salle.

L’opportunité se présenta rapidement: la Maison de la Jeunesse Arménienne de la Rue Saint Bazile  à Marseille disposait d’une vaste salle de réception qui pouvait très bien faire l’affaire pour les cours de Karaté. Le directeur fut d’accord pour nous prêter la salle. J’étais persuadé que beaucoup de jeunes gens de cette Association viendraient pratiquer le Karaté avec nous. Après plusieurs mois de pratique les premiers problèmes arrivèrent. La salle était très mal entretenue comme d’ailleurs toute la Maison Arménienne. Après chaque banquet nous avions le plaisir de pratiquer sur un sol jonché de sucreries et autres restes alimentaires de la gastronomie orientale tant appréciée en d’autres circonstances. Les douches inexistantes et les lavabos la plupart du temps bouchés ou cassés ne nous permettaient pas de nous laver après les entraînements. Nous avons tenu quelques temps dans ces conditions dans l’attente d’un autre Dojo.

Dans cette salle nous avons eu la joie de recevoir encore des pratiquants de qualité. Je me souviens de toute la famille BALLY, Jean louis en tête et aussi l’arrivée parmi notre groupe d’André SANCHEZ qui est aujourd’hui un brillant 2ème Dan, un cousin jusque là inconnu Eric GULMEZIAN, et l’équipe des trois sympathiques Algériens et bien d’autres encore que j’oublie certainement…

Anecdote :
Malgré tout cela nous avons quand même réussi dans cette salle à accueillir HARADA Sensei pour un stage à Marseille et aussi la visite de TAMURA Sensei 8ème Dan d’Aikido et ami intime d’HARADA Sensei…

Après cette époque il y a eu une longue période ou nous n’avons plus eu de contact avec HARADA Sensei et nous étions un peu livrés à nous-mêmes.

Epoque 5

La venue de Maître MURAKAMI à Marseille et notre nouveau Dojo correspondent à la même période. Grâce à Lucien STASI nous avions pu avoir une nouvelle salle pour nos entraînements à la place de la TOURETTE au PANIER. Dans cette ancienne école nous avions deux salles pour pratiquer et malgré le fait que ce dojo était excentré ce qui n’était pas un avantage pour espérer avoir une grande fréquentation nous avions au moins l’avantage d’une totale autonomie. Nous avions créé pour cette occasion « l’Association Omnisports du 3ème Canton ».

Un jour, je fis la découverte dans un quotidien marseillais d’un article sur la venue à Marseille d’un grand Maître du Shotokai – Le Maître MURAKAMI- . Je pensais jusqu’à là que seul HARADA Sensei était le représentant pour l’Europe du Shotokai.

En fait, Maître MURAKAMI était depuis peu le responsable administratif du Shotokai pour l’Europe. Il était en fait invité à Marseille par Mr. GUYOT, ancien élève de Maître GUYETAN. C’était entre 1978 et 1979. Mon premier contact eut lieu à l’occasion de ce stage à Marseille dans le Dojo de Maître GUYETAN, à la Rue Paradis. Dès le début le courant passa très fort avec le Maître et à la fin du stage je lui assurai de prendre une décision rapide si je continuais avec HARADA Sensei ou si je décidais de le suivre. Après une réunion des anciens et à la suite de ce stage nous prenions la décision de suivre définitivement Maître MURAKAMI et de faire partie du Shotokai France qui était encore nommé le MURAKAMI KAI.

A partir de cette période nous suivions régulièrement les stages, comme Paris, en décembre et au 1er mai, Lyon et Sérignan, en été pendant 15 jours. Nous avions un programme de travail identique dans tous les Dojo. Enfin nous étions dans un groupe très structuré.

Comme le Sensei dirigeait un stage annuel dans chaque dojo principal nous pensions déjà le faire venir à Marseille, mais cette fois sur notre invitation. Ce fut fait dès l’année suivante et le stage de Marseille eut lieu régulièrement et fut inscrit au programme des stages du SHOTOKAI France.

Pendant une courte période il y avait à Marseille trois groupes de Shotokai dont deux pratiquaient sous la direction de MURAKAMI Sensei: le groupe de Mr.GUYOT et le nôtre. Il faut savoir que GUYOT pratiquait une forme de Shotokai très personnelle, en fait un mélange de Shotokai MURAKAMI et de GUYETAN Ryu. Le troisième était  le groupe de Mr.MILANTA dirigé par Denis Lleu et qui travaillait encore sur l’idée d’HARADA Sensei. A l’occasion d’un stage à Marseille MURAKAMI Sensei mit en demeure GUYOT de choisir rapidement. Celui-ci opta pour son style d’origine ce qui laissa à Marseille un seul groupe du MURAKAMI KAI, le nôtre.

A l’occasion de ces stages à Marseille le groupe de Denis LLEU décida lui aussi de suivre le Maître MURAKAMI et se joignit à notre groupe.

Pendant plusieurs saisons notre activité était en progression et plus nous nous entraînions plus nous nous rendions bien compte que notre dojo de la TOURETTE n’était plus adapté à nos besoins. Grâce à un concours de circonstances nous avions eu une nouvelle opportunité. Cette fois c’étaient Michel et Marie-Jeanne MAIOCCO qui par leur relation nous avaient permis d’avoir accès à une petite salle très sympathique avec plancher, sur les hauts du Boulevard VAUBAN.

Une nouvelle période commença: de nouveaux élèves et surtout la création d’un cours de Karaté pour les enfants. Ce fut aussi la création de l’Association Shotokai Marseille.

Le décès de Maître Murakami

C’est au retour d’un voyage au Japon organisé par le Shotokai France en mai 1986 que Maître MURAKAMI sera hospitalisé à Paris. Il décédera en janvier 1987 à la suite d’une terrible maladie contre laquelle il lutta avec courage  pendant plusieurs mois. Au lendemain de cette terrible perte pour le Shotokai les luttes intestines pour la succession du Maître commencèrent.

Shotokai France , Shotokai Murakami ou IKDS. Je ne vais pas énumérer maintenant et ce n’est pas le but de l’historique du Shotokai à Marseille mais trois tendances sortirent de ce divorce des anciens élèves de MURAKAMI Sensei.

Pour notre part nous décidions de suivre la voie tracée par Patrick HERBERT, leader du Shotokai France. Le Shotokai Murakami dirigé par Luis De Carvalho et l’IKDS par des anciens du Shotokai continuèrent chacun de leur coté.

Retour aux sources

Par retour aux sources j’entends le retour au Dojo ou j’ai commencé véritablement le Karaté. Bien que l’emplacement initial ne soit plus le même, le Dojo du Centre Julien, anciennement MJC de la bibliothèque est le Dojo ou véritablement j’ai suivi de vrais cours de Karaté avec un vrai professeur qui était à cette époque Monsieur Henri MILANTA.

Donc, une fusion fut établie entre notre groupe et celui de Denis LLEU. Je dirigeais les cours étant le plus apte techniquement et Denis était le responsable administratif de la nouvelle Association qui avait le nom  de Shotokai Marseille.

Une orientation nouvelle de notre Shotokaï

Comme je l’ai déjà signalé nous avions pris la décision de suivre la voie de Patrick HERBERT pensant qu’elle était la meilleure pour nous. Patrick étant un pratiquant de longue date et ayant eu toujours la curiosité de voir « ailleurs » a un karma extraordinaire qui l’a conduit vers des personnalités extraordinaires des Arts Martiaux par le contact de Maître UEMURA Shigeru. Celui-ci a permis à Patrick et par conséquent à nous-mêmes de connaître des Maîtres de sabre et d’Arts Martiaux Chinois qui inévitablement devaient influencer notre conception de la pratique.

Notre Shotokai a changé quelque peu dans sa forme. Maintenant certains d’entre nous étudient une autre discipline qui est très complémentaire au Shotokai, le Da Cheng Chuan, que nous suivons plus particulièrement  sous la direction de Maître GUO, un des plus célèbres Maîtres de Da Cheng Chuan de Chine.

Marseille le 18 août 2000

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