ALAIN HAGOPIAN ET L’HISTOIRE DU KARATE-DO SHOTOKAI À MARSEILLE

Par Alain Hagopian

Je pratique les Arts Martiaux depuis maintenant plus de cinquante ans et, sur l’insistance de certains anciens élèves, j’ai pris la décision de mettre par écrit mes souvenirs sur l’histoire du Shotokai marseillais. Je suis conscient de ne pas être le pionnier de notre style à Marseille, mais je suis, à ce jour, le plus ancien pratiquant vivant encore en activité.

Je souhaite être pardonné par mes pairs pour les imperfections qui se glisseront inévitablement dans ce texte que ce soit sur le style ou dans la chronologie des faits. Il faut bien que quelqu’un prenne le clavier, modernisme oblige, pour retranscrire nos souvenirs.

Epoque 1 : 1968 – 1970

La pratique du Karate-Do Shotokai à Marseille est relativement ancienne puisque le premier enseignement de Shotokai y a été dispensé à partir du début des années 1960. La plupart des anciens élèves de notre association ont débuté cette discipline sous l’enseignement soit d’Henri Milanta soit de Georges Guyetan qui enseignaient le Karate-Do Shotokai à Marseille bien que de façons différentes. Ces derniers avaient pu eux-mêmes bénéficier de l’expérience d’un grand professeur japonais, Maître Mitsusuke HARADA, 5ème Dan. Henri Milanta a assuré l’enseignement du Shotokai à Marseille jusqu’au début des années 1970, et l’enseignement est passé ensuite sous la responsabilité de deux de ses anciens élèves : Denis Lleu et moi-même. Quoiqu’il en soit, le plus ancien Dojo Marseillais où fut enseigné le Shotokai était situé rue du Terras dans le 2nd arrondissement de Marseille.

J’ai participé à mon premier cours de Karaté au début de l’année 1968 au Dojo de la section Arts Martiaux du SMUC dirigé par Monsieur Monducci, célèbre professeur de Judo. Maître Guyetan, ex champion d’Afrique du Nord de Judo et pionnier du Shotokai au Maroc, enseignait le Karate et avait favorisé la venue de Maître Murakami et ensuite de Maître HARADA, tous deux élèves d’EGAMI Sensei, fondateur du Shotokai. Mon premier contact avec le Karaté fut fantastique, tout m’enchantait : la tenue, le Dojo, l’étiquette à la japonaise et l’apprentissage du Karaté bien sûr. Etant d’un caractère bagarreur, j’espérais apprendre très vite une méthode infaillible pour être plus fort. Très vite, j’ai compris que malgré tout ce qui se disait sur cette discipline mystérieuse, quelques cours ne suffiraient pas à me rendre invincible. Comme La dureté et la rigueur de l’entraînement me plaisaient, je décidais de persévérer. Maître Guyetan étant très souvent absent, nous étions fréquemment livrés à nous-mêmes. A cause de cela de plus en plus d’élèves quittaient le Dojo. Un soir, Jean-Jacques Turcat, un senpaï du Dojo, vint nous voir et me proposa de participer à un stage dirigé par Maître HARADA Sensei 5ème dan à Marseille. J’acceptais avec joie cette opportunité qui devait me permettre enfin de voir le vrai Karaté.

Organisé par le groupe d’Henri Milanta, ce stage avait lieu dans un grand gymnase de la Faculté St. Charles à Marseille. Mes souvenirs sur ce véritable premier contact avec le Shotokai sont encore très présents : environ 150 Karatékas dirigés par HARADA Sensei, une seule ceinture noire et quelques ceintures marron que l’on pouvait compter sur les doigts d’une main. Mon ami Gines Melendez, médaillé de l’éducation physique et des sports de Monaco, 3ème dan de Maître HARADA et Chef Instructeur à Monaco, était la première ceinture noire Shotokai que je découvrais. Il avait commencé très jeune le Karaté au Maroc et était déjà un disciple d’HARADA Sensei. Pendant tout le stage il fut le partenaire de démonstration du Maître (Gines était shodan à cette époque).

Durant ces trois jours de stage nous n’avons exécuté que deux techniques : gedan barai et oi zuki. Les entraînements étaient très physiques pour le jeune de 15 ans que j’étais. Le cours débutait par une gymnastique très dynamique basée sur des sauts et des étirements à la fin de laquelle, après un retour au calme (Mokuso) réparateur, les mouvements fondamentaux (Kihon) étaient exécutés pendant environ 1h30 ; les explications et démonstrations du Sensei nous permettaient de nous relever des Zen Kutsu très bas pratiqués alors. A la fin de ce stage je pris la décision de m’inscrire immédiatement au Dojo d’Henri Milanta où se trouvait déjà Jean Jacques Turcat.

Anecdote :

A quelques centaines de mètres de mon domicile se trouvait le Dojo. Très souvent, je croisais Henri Milanta sans le connaître personnellement. Quelle fut ma surprise de le voir le premier jour du stage en tant qu’organisateur de ce grand rassemblement du Karaté !

Pendant les évènements de Mai 68, j’allais au Dojo de la MJC la bibliothèque en traversant la Canebière en croisant, d’un coté les forces de l’ordre bien armées et casquées et de l’autre les manifestants étudiants prêts à en découdre. J’espérais à chaque fois que les hostilités se déclencheraient qu’après mon passage.

Au nouveau Dojo les cours étaient très agréables. On sentait l’influence du Shotokai d’HARADA Sensei et un grand nombre de Karatekas venaient régulièrement plusieurs fois par semaine pour s’entraîner sous la direction d’Henri Milanta. Nous étions tous très motivés. A cette époque nous avions encore le système de grades traditionnel japonais ; il n’existait que trois ceintures : blanche, marron et noire jusqu’au 5ème Dan.

Les entraînements se succédaient et les stages dirigés par Maître HARADA à Marseille étaient assez fréquents. C’était pour nous l’occasion de rencontrer des Karatekas Shotokai originaires de France, d’Europe et d’Afrique du Nord. Je me rappelle les noms de mes partenaires d’entrainement d’alors : Elie Bessadi, les frères Anfrey, les frères Tuny, Dédé Calegari, Menichetti et bien d’autres dont les noms m’échappent. Nous nous entraînions sans relâche.

Comme je l’ai déjà expliqué les couleurs de ceintures telles que nous les connaissons aujourd’hui n’existaient pas à cette époque. Beaucoup parmi les anciens attendaient une occasion pour passer le 1er Kyu (la ceinture marron). A l’occasion d’un stage avec HARADA Sensei, Jean Jacques Turcat obtint ce grade après qu’Henri Milanta eut posé la question du niveau de Jean-Jacques au Maître. Il devint ainsi le premier pratiquant ceinture marron d’HARADA Sensei à Marseille.

A la suite de cette promotion certains anciens estimèrent qu’eux aussi avaient largement le niveau requis du 1er Kyu et par conséquent arborèrent une ceinture marronne au cours qui suivit sans l’accord d’Henri Milanta. N’étant pas concerné à cette époque je trouvais cela anormal étant persuadé que seul Turcat était vraiment au niveau. Maintenant que les années ont passé je reste du même avis. Rapidement, Jean Jacques TURCAT passa brillamment son shodan (ceinture noire) au cours d’un stage faisant ainsi taire les plus réticents. Il sera, vers 1969, le premier ceinture noire d’HARADA Sensei du Shotokai à Marseille.

Quelques temps plus tard, à la suite d’une mésentente avec Mr. Milanta, sans en connaître les raisons, HARADA Sensei ne visita plus le dojo et pendant un temps, le Shotokai marseillais sombra et le Dojo se vida. Jean Jacques Turcat poursuivait ses entraînements dans son dojo de Port Saint Louis du Rhône et moi, de mon côté, je continuais à m’entraîner en y allant le plus possible pour suivre son enseignement.

Epoque 2 : 1971-1973

La seule solution, pour ceux qui voulaient continuer à travailler avec Maître HARADA, était de se rendre au Dojo de Max Lastere. Il était l’un des anciens du Karate marseillais, de formation Shotokan mais qui suivait certains stages de Maitre HARADA organisés par Mr. Milanta à Marseille. Je décidais, une fois de plus, de changer de Dojo. Ceci me permit de continuer à pratiquer avec HARADA Sensei à Marseille, Lyon, Macon et Chalon. Adolphe Schneider 2ème Dan, un des assistants de Maître Hrada, y venait nous enseigner quelquefois à l’occasion de stages. Y venait également Senpaï Géard Javon de Valence. Comme je venais d’un dojo concurrent et que, de plus, j’étais fraichement shodan, mes rapports avec Max Lastere furent délicats au début mais toujours respectueux et honnêtes. Max Lastère étant un véritable budoka fit tout pour que je m’intègre rapidement au Dojo. J’ai vite pris une part active à la vie de mon nouveau Dojo, en compagnie d’anciens comme D’amato, Medozian et Barek. Nous nous entraînions très dur. Il me reste le souvenir de longues séances d’O sagi tobi dépassant souvent le Kilomètre ou nous tournions autour des stades de basket goudronnés afin de faire le kilométrage. Sans oublier les séries de Moro ashi geri et Daï o sagi tobi. Ensuite commençait le keiko 😊)

Mes premiers Dan

Certaines rumeurs de rupture d’HARADA Sensei avec les Sempai français du Shotokai provoquaient une grande confusion pour nous, jeunes élèves. En 1971, Lors d’un stage d’été à Avignon dirigé par ses assistants, il y eut le premier examen organisé sans la présence du Maître. Schneider, qui voulait faire une scission avec HARADA Sensei, organisa avec les autres assistants (Mairesse et Javon) un examen de grades. Sur les conseils de ces anciens je passais mon premier Dan à 18 ans ce qui était relativement jeune pour ce grade à ce moment-là. Schneider qui avait pris l’initiative de décerner des ceintures noires sans l’autorisation d’HARADA Sensei, pensait envoyer la liste des reçus à EGAMI Sensei au Japon pour valider cet examen. Cela ne fonctionna pas comme il l’avait souhaité et nos grades restèrent officieux longtemps.

Cette histoire de grades parvint jusqu’aux oreilles d’HARADA Sensei et je me trouvais dans une situation délicate en me présentant aux stages avec une ceinture noire que le Sensei ne m’avait pas décerné personnellement. Ginès Melendez intervint à l’occasion d’un entraînement à Monaco auprès du Sensei. L’affaire fut classée mais il subsista toujours une certaine réticence d’HARADA Sensei à mon égard. Ayant toujours été sincère dans ma pratique j’ai eu beaucoup de mal à comprendre cette attitude. Avec le temps, je compris qu’il y avait certainement un très grand problème de communication avec le Maître, d’ailleurs un grand nombre de ses plus proches élèves eurent eux aussi du mal dans les relations avec lui. Ce n’est qu’onze ans après ce stage d’Avignon que mon Shodan fut officialisé à la FFKAMA à l’occasion du premier examen national Shotokai. C’était en 1982. (Le jury était composé de Maître Murakami ainsi que de Guy Sauvin – Directeur technique national.)

Mon premier Dojo

Pensant certainement au développement du Shotokai à Marseille, Max Lastere me proposa d’enseigner au Dojo de la MJC des Chartreux. Le directeur de l’époque Mr. Platinero était à la recherche d’un professeur de Karaté pour la création d’une section qui devait compléter les Arts Martiaux (Judo et Aikido) déjà présents.

Je fis mes premiers pas en tant qu’enseignant vers 1971/72. Ce fut l’époque des stages dirigés par Mr. Javon ou nous dormions au Dojo et ainsi nous pouvions même faire des entraînements de nuit jusqu’au dépassement de nos propres limites.

Anecdote :

A ce moment-là, la vedette des films d’arts martiaux était Bruce LEE. Le maniement du Nunchaku intéressait tout le monde. Pendant un entraînement en compagnie de Jacques Menichetti nous démontrions l’exercice au Nunchaku avec une arme artisanale, celle-ci se décrocha et alla frapper le visage de Jacques à l’arcade sourcilière. Plus de peur que de mal, mais cela nous apprit à devenir très prudents avec les armes que nous ne maîtrisions pas totalement. Récemment, Jacques fut atteint d’une lésion à l’œil qui viendrait selon le médecin d’un traumatisme ancien qui pourrait être ce choc.

Malgré mes obligations au Dojo des Chartreux, je continuais à pratiquer au Château de Bois Luzy avec Max Lastere. Un soir, fin 1972, pendant l’entraînement une personne vint assister au cours, c’était Pierre-Jean Boyer qui avait quitté Paris pour l’école d’ingénieurs de Marseille. Il était un ancien élève de Maître Murakami. Il était à la recherche d’un Dojo de Shotokai. Pierre-Jean intégra le Dojo de Max Lastere et fit rapidement partie des anciens. Pourtant, nous continuions alors les stages avec Maître Harada. Chaque année ce dernier dirigeait un stage d’été à l’Université de Kille, dans le nord de l’Angleterre. La réputation de ses élèves anglais m’incita à y aller. La crainte de partir seul et ma connaissance de l’Anglais plus que limitée remettaient toujours ce départ à plus tard. Je réussis tout de même à partir à Londres avec Jacques Sudre, un élève des Chartreux. Après un homérique voyage en train, nous découvrîmes Londres et le Dojo du Sensei ainsi que l’Université de Kille.

Ce Dojo assez vétuste abritait CHIBA Sensei 6ème Dan d’Aikido et HARADA Sensei 5ème Dan Shotokai. Nous retrouvions sur place le Français Bernard Mathieu, professeur d’anglais en France, et également ami intime du Sensei. Bernard faisait de fréquents séjours linguistiques outre-manche et il profitait de ces occasions pour pratiquer sous la direction d’HARADA Sensei.

La visite d’OSHIMA Sensei de passage à Londres fut le moment inoubliable de ce séjour. Nous faisions partie des rares privilégiés qui avaient pu recevoir l’enseignement d’HARADA et d’OSHIMA Sensei pendant le même cours et d’avoir pu les regarder pratiquer ensemble.

Le retour

Avec Pierre-Jean Boyer et Christian Roche un autre camarade qui avait aussi séjourné en 1973 à Londres nous avions formé une petite équipe qui pratiquait assez fort et au plus près de l’enseignement d’HARADA Sensei. Des désaccords sur la pratique commencèrent à apparaître avec Max Lastere ce qui nous amena à continuer une pratique personnelle au Dojo des Chartreux.

Anecdote :

Avec Lucien Stasi nous avions entrepris de nous entraîner chaque matin très tôt avant d’aller travailler. Tous les matins, Lucien venait me chercher à mon domicile et ensemble nous regagnions le Dojo des Chartreux ou pendant plus d’une heure nous enchaînions Kihon, Kata et Kumité. Une fois le Keiko terminé nous commencions notre journée professionnelle. Le soir les entraînements habituels avaient tout de même lieu. Pendant une longue période nous avons pratiqué tous les jours matin et soir.

En 1973/1974, La Mutuelle Sport de Berre dont l’un des responsables était un ami de Jacques Menichetti (un élève du Shotokai) cherchait un professeur de Karaté. Me consacrant complètement à la pratique je me proposais pour ce poste et une section de Karaté Shotokai vit le jour à Berre. Ces dirigeants très dynamiques s’investirent entièrement dans ce projet. Les débuts furent très encourageants, plus de cinquante élèves à chaque entrainement. Pour assurer les cours nous étions souvent plusieurs dont Pierre-Jean Boyer, Christian Roche et Jean Louis Bourreil.

Le Shotokai étant un Karate très exigeant et le Karate une discipline de moins en moins à la mode, la quantité des élèves diminua petit à petit ce qui entraîna la fermeture de la section au bout de quelques saisons seulement. Mais malgré une durée de vie assez courte, la section de Karate de Berre ne nous amena que des satisfactions et chaque cours était un enchantement. J’ai un profond souvenir des dirigeants et particulièrement du Docteur Aguilera qui était un véritable passionné de Karaté…

Habitant dans le 10ème arrondissement de Marseille depuis 1974 il était nécessaire pour moi de trouver un Dojo à proximité. A cette époque je ne travaillais plus trop avec Max Lastere et j’avais laissé le Dojo des Chartreux. Non loin de mon domicile se trouvait un club de Judo : « les Marronniers ». C’était un petit Dojo dirigé par un professeur de Judo qui voulut bien nous héberger pour nos cours de Karaté.

Nous nous sommes entraînés là pendant quelques temps. A cette période il ne se passait pas grand-chose dans le Shotokai marseillais. Jean Jacques Turcat avait son club à Port St. Louis du Rhône. Je lui rendais visite de temps en temps et il venait aussi nous rendre visite et nous conseillait. Il y avait très peu de stages avec HARADA Sensei. Alors, avec Jean Jacques Turcat, nous décidâmes de partir pour Londres en voiture. Arrivés au Dojo de l’Avenue Airedale nous avions eu la surprise d’y rencontrer un autre Marseillais. Il était élève de Maître Guyetan. C’était un Karateka qui désirait certainement approfondir ses connaissances en venant pratiquer chez le Maître. Si, pour nous, l’accueil fut cordial, il n’en fut pas de même pour lui et un soir, au cours d’un entraînement, HARADA Sensei lui donna un Fumi Komi qui le cloua au lit pendant un jour. On ne le revît plus à l’entraînement. Le deuxième séjour chez HARADA Sensei était plus agréable pour moi que le premier mais force est de constater que le Sensei avait un comportement différent envers nous lorsqu’il était en France. Malgré cela, nous gardons un très bon souvenir de ce séjour.

Epoque 3 : 1974-1976

Après avoir passé quelques années au Dojo des Marronniers, les rapports de voisinage se sont détériorés avec le Professeur de Judo. N’étant alors plus à l’aise dans ce Dojo je décidais de partir à la recherche d’une nouvelle salle.

L’opportunité se présenta rapidement : la Maison de la Jeunesse Arménienne de la Rue Saint Bazile à Marseille 13001 disposait d’une vaste salle de réception qui pouvait très bien faire l’affaire pour les cours de Karaté. J’étais persuadé que beaucoup de jeunes gens de cette association viendraient pratiquer le Karaté avec nous. Après plusieurs mois de pratique les premiers problèmes arrivèrent. La salle était très mal entretenue comme d’ailleurs toute la Maison Arménienne. Après chaque banquet nous avions le plaisir de pratiquer sur un sol jonché de sucreries et autres restes alimentaires de la gastronomie orientale tant appréciée en d’autres circonstances. Les douches inexistantes et les lavabos la plupart du temps bouchés ou cassés ne nous permettaient pas de nous laver après les entraînements. Nous avons tenu quelques temps dans ces conditions dans l’attente d’un autre Dojo.

Dans cette salle nous avons eu la joie de recevoir encore des pratiquants de qualité. Je me souviens de toute la famille Bally et aussi de l’arrivée dans notre groupe d’André Sanchez qui est aujourd’hui un brillant 3ème Dan.

Anecdote :

Nous avons quand même réussi, dans cette salle, à accueillir HARADA Sensei pour un stage à Marseille et à recevoir la visite de TAMURA Sensei 8ème Dan d’Aikido et ami intime d’HARADA Sensei…

Par la suite, et durant une longue période, nous n’avons plus eu de contact avec HARADA Sensei et nous étions un peu livrés à nous-mêmes.

Epoque 4 : 1977-1992

Grâce à Lucien Stasi nous avions pu obtenir une nouvelle salle pour nos entraînements, place de la Tourette. Dans cette ancienne école nous avions deux salles pour pratiquer et malgré le fait que ce dojo était un peu excentré nous avions au moins l’avantage d’une totale autonomie. Nous avions créé pour cette occasion en 1982 « l’Association Omnisports du 3ème Canton ».

Un jour, je fis la découverte dans un quotidien marseillais d’un article sur la venue à Marseille d’un grand Maître du Shotokai – Le Maître MURAKAMI. Je pensais jusqu’alors que seul Maître HARADA représentait le Shotokai en Europe. En fait, Maître MURAKAMI était depuis peu le responsable administratif du Shotokai pour l’Europe. Il était invité à Marseille par Mr. Guyot, ancien élève de Maître Guyetan. C’était entre 1978 et 1979. Mon premier contact avec Maître MURAKAMI eut lieu à l’occasion de ce stage dans le Dojo de Maître GUYETAN, rue Paradis. Dès le début le courant passa très fort avec le Maître et à la fin du stage je lui assurais de prendre une décision rapide : A savoir, si je continuais avec HARADA Sensei ou si je décidais de le suivre. Après une réunion des anciens nous avons pris la décision de suivre définitivement Maître MURAKAMI et de faire partie du Shotokai France qui était encore nommé le MURAKAMI KAI.

A partir de cette période nous suivions régulièrement les stages : Paris en décembre, Lyon en Mai et Sérignan en été pendant 15 jours. Nous avions un programme de travail identique dans tous les Dojo. Enfin nous étions dans un groupe très structuré. Comme le Sensei dirigeait un stage annuel dans chaque dojo principal nous pensions déjà le faire venir à Marseille, mais cette fois sur notre invitation. Ce fut fait dès l’année suivante et le stage de Marseille eut lieu régulièrement et fut inscrit au programme des stages du SHOTOKAI France.

Pendant une courte période il y avait donc à Marseille trois groupes de Shotokai dont deux pratiquaient sous la direction de MURAKAMI Sensei : le groupe de Mr. Guyot et le nôtre. Il faut savoir que Guyot pratiquait une forme de Shotokai très personnelle, en fait un mélange de Shotokai MURAKAMI et de « Guyetan ryu ». Le troisième groupe était celui de Mr.Milanta dirigé par Denis Lleu et qui travaillait encore sur l’idée d’HARADA Sensei. A l’occasion d’un stage à Marseille MURAKAMI Sensei mit en demeure Guyot de choisir rapidement. Celui-ci opta pour son style d’origine ce qui laissa à Marseille un seul groupe du MURAKAMI KAI, le nôtre.

A l’occasion de ces stages à Marseille le groupe de Denis LLEU décida lui aussi de suivre le Maître MURAKAMI et se joignit à notre groupe.

L’activité de notre Dojo était en progression constante et plus nous nous entraînions plus nous nous rendions compte que nos locaux place de la Tourette n’étaient plus adaptés à nos besoins. Grâce à un concours de circonstances, nous avons eu une nouvelle opportunité. Cette fois c’étaient Michel et Marie-Jeanne Maiocco qui nous avaient permis d’avoir accès à une petite salle très sympathique avec plancher, sur les hauts du Boulevard Vauban.

Une nouvelle période commença : de nouveaux élèves et surtout la création d’un cours de Karaté pour les enfants. Ce fut aussi l’année de la création de l’Association Shotokai Marseille en  1989.

Le décès de Maître Murakami

C’est au retour d’un voyage au Japon organisé par le Shotokai France en mai 1986 que Maître MURAKAMI sera hospitalisé à Paris. Il décédera le 24 janvier 1987 à la suite d’une terrible maladie contre laquelle il lutta avec courage pendant plusieurs mois. Au lendemain de cette terrible perte pour le Shotokai des luttes intestines pour la succession du Maître commencèrent et trois groupes distincts apparurent, faisant ainsi éclater la MURAKAMI-KAI. Pour notre part, nous décidions à ce moment-là de suivre la voie tracée par Patrick Herbert, leader du groupe « Shotokai France » devenu depuis « Shotokai Europe » (KDSE). Le Shotokai Murakami dirigé par Luis De Carvalho et l’IKDS continuèrent leurs recherches chacun de leur côté.

Retour aux sources

Patrick était un pratiquant de longue date, un des assistants de Maître MURAKAMI, toujours d’un esprit ouvert à d’autres arts martiaux complémentaires. Ce chemin l’a dirigé vers des personnalités extraordinaires des Arts Martiaux grâce au contact de Maître UEMURA Shigeru. Celui-ci a permis à Patrick, et par conséquent à nous-mêmes, de connaître des Maîtres de sabre et d’Arts Martiaux Chinois qui inévitablement devaient influencer notre conception future de la pratique.

Notre Shotokai a changé quelque peu dans sa forme. Maintenant certains d’entre nous étudient d’autres disciplines qui sont très complémentaires au Shotokai: le Da Cheng Chuan, que nous suivons plus particulièrement sous la direction de Maître GUO, un des plus célèbres Maîtres de Da Cheng Chuan de Chine ainsi que le Kendo pour lequel nous suivons l’enseignement de Maître Sakudo. D’ailleurs, n’est-il pas vrai que les plus grands Maîtres d’arts martiaux possédaient la connaissance de plusieurs disciplines martiales ?

Marseille, le 18 Juillet 2022

Chronologie des Dojos Shotokaï où j’ai pratiqué ou enseigné :

(Dates approximatives)

1968 : SMUC. Professeur Maître GUYETAN

1968 : MJC Conservatoire – Place Carli. Professeur Henri MILANTA

1970/1972 :  Château de Bois Luzy. Professeur Max LASTERE

1972/1973 : MJC Chartreux. Professeur Alain HAGOPIAN

1973/1975 : MJC BERRE. Professeurs Alain HAGOPIAN/PJ BOYER

1974/1976 : DOJO des MARRONNIERS. Professeur Alain HAGOPIAN

1977/1981 : Maison Culturelle Arménienne. Rue ST Bazile. Professeur Alain HAGOPIAN

1982/1988 : Gymnase La Major – Place de la Tourette. Professeur Alain HAGOPIAN

1989/1992 : Maison de Quartier de Vauban. Professeur Alain HAGOPIAN

1992/2012 : MJC Cours Julien. Professeur Alain HAGOPIAN

Depuis 2012 : KURA DOJO. Professeur Alain HAGOPIAN