Définitions

Qu’est-ce que le Karaté Do ?

Le Karaté est au départ une technique de combat, c’est à dire un ensemble complet d’attaques et de défenses.
D’origine chinoise, des raisons historiques ont fait qu’il s’est développé d’abord à Okinawa, province septentrionale du Japon, avant d’être introduit à Tokyo par Maître FUNAKOSHI au commencement des années 1920.

Le Karaté Do, la voie du Karaté, désigne une conception du Karaté plus tournée vers une recherche personnelle. Les techniques du Karaté deviennent, dans cette optique, un moyen, un outil de connaissance de soi influencés par le Zen. Les Japonais ont fait d’activités multiples et variées des voies de recherche de perfectionnement. Les arts martiaux mais aussi la cérémonie du thé ou l’art floral sont ainsi devenus des « Do ».

Qu’est-ce que le Shotokaï ?

Le Karaté Do Shotokaï s’inscrit complètement dans cette recherche d’approfondissement de la connaissance de soi et de l’harmonisation avec les autres. C’est pourquoi par exemple, dans la continuité des Maîtres Funakoshi et Egami, il s’est toujours tenu éloigné de la compétition qui a transformé le Karaté en sport.
Spirituellement il se veut dans l’esprit de Maître  Funakoshi même si Maître Egami en est le véritable inspirateur. C’est en effet lui qui a crée la nouvelle façon technique entièrement fondée sur la souplesse. Cette souplesse est devenue la caractéristique technique du Shotokaï, style aux mouvements amples et relâchés. Ces mouvements fluides et harmonieux ont fait un style particulièrement esthétique.

Qu’est-ce que le Do et le Karaté Do ?

Pour comprendre le sens du DO de Karaté Do, il faut remonter de quelques siècles dans l’histoire du Japon. Après des temps particulièrement troublés, le Japon connut une période exceptionnelle de paix qui dura deux siècles et demi: la période EDO (1602 – 1867). Les arts martiaux perdirent donc à cette époque leur utilité première qui était de faire la guerre.

Sous l’influence du Zen, philosophie dans laquelle la recherche du moi véritable est fondamentale, les arts martiaux se sont orientés dans cette direction. En plus d’une technique de combat, ils devinrent aussi un moyen d’évolution spirituelle. Ceci fait l’originalité et la richesse des arts martiaux japonais. On ne retrouve cette préoccupation spirituelle nulle part ailleurs dans les arts de combat.

En occident par exemple la boxe ne visait pas plus qu’a inculquer quelques notions de politesse et de fair-play. En Chine, berceau originel de ce qui allait devenir plus tard le Karaté, les arts extérieurs étaient tournés vers la seule recherche d’efficacité au combat. Les techniques de combat d’Okinawa, importées de la Chine, n’avaient pas de prétentions philosophiques. Elles étaient avant tout utilitaires. Quand Maître FUNAKOSHI les présenta au Japon en 1921 elles étaient connues sous le nom de « Main de Chine ».

Ce n’est qu’en 1929 qu’il changea l’idéogramme « Main de Chine » pour celui de « Main Vide », donnant ainsi une dimension philosophique au Karaté – inspiré par un sutra bouddhiste sur le néant. On peut d’ailleurs remarquer que le premier livre de Maître Funakoshi, paru en 1922, s’intitulait « Ryukyu Kempo Karaté » (sans « Do ») alors que le second paru en 1935 avait pour titre « Karaté-Do Kyohan ».

Le souci de Maître Funakoshi de japoniser le Karaté et de l’amener au même niveau philosophique que les arts d’origine japonaise (Kyudo, Iaido, Aikido …) est donc manifeste. Et tous les arts du Budo japonais avaient cette ambition.

Notons au passage que « Budo », qui est généralement  traduit par « arts martiaux », « technique de guerre », signifie en fait « arrêt de la lance », donc plutôt « technique de la paix ».

Il y a deux façons d’arrêter la lance (la guerre) :

  • en étant fort, par la dissuasion donc.
  • en étant pacifié. Ne pas avoir de haine, d’agressivité, ne pas générer de conflit mais plutôt l’apaisement.

Le Karaté répond au premier point, le Karaté Do se soucie aussi du deuxième.

Par la voie du Karaté on cherche donc continuellement à s’améliorer. Et la progression physique et technique doit s’accompagner d’une progression mentale et spirituelle. Et cela en faisant attention de ne pas créer une dissociation entre les deux plans. Le questionnement philosophique du Karaté doit naître de la recherche technique et être intimement lié à celle-ci. Rien de plus ridicule que de plaquer un vernis Zen sur un discours qui n’a aucun lien avec la technique. Ce n’est pas en proclamant que dans le Karaté Do ce qui est important c’est la philosophie que celui-ci devient philosophique. C’est la façon dont on le pratique qui lui donne ce caractère ou pas.

Un autre piège consiste à chercher des réponses en dehors du Karaté. A accumuler par exemple une connaissance philosophique et spirituelle importante mais qui n’a aucun lien avec le Karaté pratiqué. Que la pratique du Karaté amène à une certaine curiosité intellectuelle dans de nombreux domaines c’est normal et naturel. Mais si l’on veut que le Karaté accède au rang de voie, il faut que ce soit sa pratique qui fasse progresser dans tous les domaines.

Donc, même si le Karaté et le Zen, par exemple ont des thèmes de recherche communs, il est inutile d’aller chercher dans le Zen des réponses que l’on doit rechercher dans le Karaté. En choisissant de pratiquer le Karaté Do, nous avons choisi de travailler sur notre corps. C’est ce travail qui va nous faire progresser. Nous considérons que le corps et l’esprit ne font qu’un, mais notre approche se fait par le physique. Elle a l’avantage d’être ludique et concrète. Nous devons donc nous y investir avec passion mais aussi avec discernement et ouverture d’esprit.

Définition et particularités du Shotokaï

Historiquement Shotokaï pas plus que Shotokan d’ailleurs n’étaient des styles de Karaté.

Si l’on se réfère à la période moderne du Karaté (depuis son introduction au Japon par Funakoshi) il n’y avait qu’un style, celui pratiqué par Funakoshi et il n’avait pas de nom.

Shotokaï n’était que le nom de l’association créée par Funakoshi et Shotokan le nom de son Dojo. Shoto étant le nom de plume de Funakoshi.

A la disparition de ce dernier le groupe de ses élèves se scinda en deux. D’un côté un groupe qui allait devenir le Shotokan et de l’autre l’association Shotokaï, restée fidèle aux préceptes enseignés par le Maître. Un des points d’achoppement entre les deux groupes tournait autour de la compétition que Funakoshi avait toujours refusée et que certains voulaient organiser.

Si donc Shotokaï était au départ le nom d’une association, on peut dire qu’il devint un style lorsque Maître EGAMI définit les grandes lignes de la nouvelle pratique. En effet, après de nombreux tests, il avait constaté l’inefficacité des attaques de Karaté.

Après des années de recherche, il trouva l’efficacité en réalisant des attaques avec relâchement. On peut dire que là se trouve l’élément fondateur du SHOTOKAI. C’est le relâchement et la détente et non pas la contraction qui génèrent la force. A partir de ce postulat il proposa de nouvelles formes et une nouvelle façon de pratiquer.

Fidèle à Maître Funakoshi il maintint toujours le groupe Shotokaï en dehors du mouvement de Karaté sportif prédominant de nos jours. Par contre  son évolution spirituelle l’amena à mettre l’accent sur la recherche d’harmonie avec le partenaire.  Maître Egami écrivit: « Tout d’abord nous devons pratiquer le Karaté comme une technique de combat et puis nous arriverons, par expérience, à comprendre un certain état d’âme, à nous ouvrir à des horizons « Jita-ittai » (l’union de l’un et de l’autre) au delà du combat. C’est un principe de coexistence qui permet de vivre ensemble en prospérité. »

Ceci étant dit le Shotokaï n’est pas un style uniforme comme peuvent l’être d’autres styles clairement codifiés. A ce sujet je me souviens encore de mon étonnement lors de mon premier voyage au Japon. Je m’attendais à découvrir le Shotokaï que nous pratiquions mais exécuté par des Japonais donc mieux que nous. En effet, notre seule référence était le livre de Maître Egami  et ce que nous enseignait Maître Murakami, les deux étant très proches.

Quel ne fut pas mon désappointement en découvrant le style du Dojo central, très différent du notre, puis en découvrant un autre style toujours au Dojo central mais le lendemain avec un autre professeur.

Pourquoi tous ne faisaient pas comme Maître Egami avait enseigné ?
Le temps, la disparition de Maître Murakami et l’expérience m’ont permis de comprendre pourquoi. Le fait est qu’il y a autant de Shotokaï que de professeurs. Ceux-ci peuvent être très proches s’ils ont la même référence ou plus éloignés si cette référence a disparu, comme c’était le cas au Japon et comme c’est maintenant le cas en Europe après la disparition de Maître Murakami. Les méthodes de transmission qui prévalaient dans les écoles traditionnelles ne sont plus adaptées aux nouvelles structures ayant accompagné le formidable essor des arts martiaux. Tout cela pour dire qu’il n’y a pas un style Shotokaï mais une multitude. Mon style m’est propre, même si je le partage avec plusieurs personnes. Il reflète mon évolution et ses limites.

Toutefois on devrait retrouver chez tous quelques constantes qui sont les bases du Shotokaï. En reprenant ce qu j’ai nommé l’acte fondateur du Shotokaï on a une sérieuse base de départ. Techniquement le Shotokaï, c’est la recherche de l’efficacité par la souplesse. On a donc là la définition d’un but et du moyen à utiliser à y parvenir.

Ensuite, cette technique doit permettre aux élèves d’évoluer favorablement sur tous les plans : physique, psychique et spirituel. L’enseignant n’a donc qu’à trouver une technique et une pédagogie qui visent ces objectifs pour prétendre « pratiquer Shotokaï ».

Le Shotokaï s’est donc tout de suite démarqué des autres  styles qui se sont lancés dans le Karaté de compétition ou même dans le Karaté de combat dans lesquels ce qui est  recherché c’est la victoire sur un adversaire.

En Shotokaï ce que l’on recherche, c’est la victoire sur soi-même et l’harmonie avec les autres. Le Karaté sportif participe au gonflement de l’ego des ses champions, tandis que nous cherchons à réduire le notre pour avoir accès à la connaissance de notre véritable personnalité. Ces démarches sont à l’opposé l’une de l’autre.

Techniquement, l’opposition est la même. Là où l’un mettra le maximum de force l’autre mettra le maximum de détente. Les déplacements au lieu d’être saccadés seront fluides. Et le tout à l’avenant.

Le Shotokaï est donc un style très original, certainement le plus fin des styles de Karaté, ce qui en fait le style le plus adapté à une pratique féminine. Il ne conviendra pas à ceux qui recherchent une efficacité à court terme ou un Karaté sportif.

Il conviendra par contre à ceux qui recherchent dans les arts martiaux une voie de perfection personnelle et à ceux qui sont prêts à remettre perpétuellement en cause leur acquis pour aller toujours plus loin dans une recherche technique passionnante.

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